Comme le disait Edward Bruner, « le colonialisme… et le tourisme… sont nés ensemble et sont parents »

Les Kunas, malgré toutes les tentatives de dominations venues de l’extérieur, ont su conserver intact leur identité culturelle. Ils ont de même su garder leur patrimoine culturel, grâce à leur résistance aux invasions et à leurs rites ou traditions transmis de génération en génération à l’aide de chants psalmodiés par les sahilas. Les Kunas ont toujours pensé que le monde physique (neg sanaled), que nous percevons à l’aide de nos cinq sens, est sous-tendu et animé par le monde de l’esprit (neg burbaled).

Le bien-être de la Mère-Terre provient du bon équilibre de sa nature spirituelle, de même celui d’un individu découle d’un bon équilibre de son âme. Si cet équilibre est rompu par la collectivité cela entraîne inévitablement des catastrophes naturelles ou des épidémies. Au niveau individuel, si l’âme est corrompue ou blessée, un dérèglement de l’état de santé ou un accident va survenir.

LE TRESOR DES KUNAS

Préserver notre humanité, l’un de nos biens les plus précieux. Lorsque l’on se réfère au «trésor des Kunas», on ne parle pas de pierres ou de métaux précieux, mais bien de l’attrayant territoire «kuna», qui a été patrimonialisé, c’est-à-dire transformé en un lieu apprécié pour sa juste valeur, comme témoignage d’un passé et d’une réalité naturelle et culturelle, qui doivent être protégé, préservé, conservé et retransmis.

Territoire de diversité et paysages paradisiaques. Situé en dehors des zones soumises aux risques d’ouragans et de tremblements de terre, ce territoire déploie sur 200km de côtes un écosystème riche et surprenant d’une grande diversité. Bordés par des récifs coralliens, ponctuées par quelques 400 îlots dispersés le long du littoral atlantique, ces côtes encore isolées préservent l’émotion vraie des paysages paradisiaques. Un cliché conforme à l’imaginaire rêvé des paysages typiquement polynésiens : à perte de vue, de magnifiques petites îles aux plages de sable blanc bordées de cocotiers, peuplées d’indigènes souriants.

Néanmoins cet éden à la frontière de la Colombie et le Panamá connaît actuellement les affres de l’état de guerre. Depuis l’époque de la Conquête, ce paradis naturel s’est transformé en véritable enfer pour ses populations autochtones, les Kuna‐Tule et les Emberá.

Sous la menace des groupes armés. Depuis une dizaines d’années, en effet, le secteur est devenu l’épicentre d’une grave crise humanitaire. Des groupes armés et criminels se le sont appropriés et  contrôlent désormais sentiers, forêts et rivières, pour faciliter le trafic de drogue et la contrebande.

Des dommages irréversibles. En ces territoires subsiste encore le climat de violences qui gangrenne le pays : les combats, les assassinats et les kidnappings. Les habitants de cette zone – indigènes, afro descendants, paysans – menacés par les armes, constatent l’épuisement des ressources nécessaires à leur développement, et ressentent le drame de cette situation qui les met en péril et obère leur avenir. Dans le décor paradisiaque, les racines mêmes de l’écosystème naturel et le tissus social, subissent aujourd’hui d’irréversibles dommages.

MAP KUNA YALA

DÉCOUVRIR LES KUNAS

Une peuplade en mouvement. Depuis le bassin du fleuve Atrato*, les Kunas se sont déplacés entre les XVème et XVIIIème  siècle vers le Urabá d’aujourd’hui. Sous la pression que les Conquistadors et les colons ont exercés sur leurs territoires, les Kunas ont été soumis des siècles durant à une dynamique de déplacements constants ; au fil des siècles, ces migrations sont devenues une affaire de gestion courante. À partir du XIX ème siècle, la rareté des terres et la menace des colons a poussé à un nombre toujours plus croissant d’indigènes à chercher refuge au delà de la Serranía del Darién (devenu aujourd’hui un territoire panaméen situé le long des côtes caribéennes, et plus précisément dans l’archipel des Mulatas, plus connues sous le nom de San Blas).

De la Colombie au Panama. Aujourd’hui, la plupart des Kunas ne vivent plus en Colombie mais au Panama, pays qui leur a offert refuge et qui leur a accordé des droits et libertés que le gouvernement administrant leur propre terre d’origine ne leur reconnaissait pas. À cause des révoltes indigènes de 1925 et 1930 générées par la pression des hommes d’affaires étrangers sur les territoires, les Kunas ont obtenu sur leur terre d’accueil le statut de «reserve» puis de «comarca» pour la région de San Blas, et on obtenu un espace de 235,700 hectares sous la tutelle d’un territoire communautaire géré de manière autonome.

Autonomie politique. Grâce à l’unité et la bonne volonté de l’intendance (le représentant du gouvernement dans la Comarca), les Kunas, ont obtenu au cours de la période 1950-1968, la possibilité de créer une autonomie politique solide sur la côte atlantique panaméenne. Une autonomie qui, avec l’aprobation de la loi 16, s’est concrétisée en un territoire (les îles de San Blas) et en un gouvernement stable (reconnaissance de l’autorité du Congrès Général Kuna et des Caciques). En définitive, cette autonomie politique n’aurait jamais pu voir le jour sans la médiation des «lettrés» kunas (les «sikwis»), les assesseurs des Caciques et des Sailas.

Organisation de la vie politique dans la comarca de Kuna Yala. Les Congrès Généraux qui se célèbrent tous les six mois dans la comarca de Kuna Yala, sont la plus haute expression politique du peuple kuna. Ils s’agit d’une assemblé délibérative des Sailas (les chefs) et des délégués des 49 communautés qui constituent la comarca et qui est présidée par trois caciques généraux (les sailadummagana) aux cotés d’un groupe d’assesseurs (les secrétaires, les sous-secrétaires, les gestionnaires etc..) élus par l’assemblée. Il est important de noter que le pouvoir politique de la comarca réside en cette assemblée et non en des personne concrètes ; en d’autres termes, les résolutions adoptées lors des Congrès Généraux ne peuvent être modifiées par les caciques généraux ni par leurs assesseurs. Ces derniers doivent se soumettre aux volontés de l’assemblée s’ils veulent continuer à remplir leurs fonctions.

LE MESSAGE DES KUNAS

L’attrait. Les Kunas ont compris depuis longtemps l’attrait qu’exercent leurs îles et leurs récifs sur les touristes et autres visiteurs. Il savent parfaitement qu’ils vivent en un lieu que certains souhaitent transformer en «musée», et écoutent les autres qui spéculent sur les profits qu’engendreraient un tourisme de masse. Les Kunas ne veulent pas renoncer à leur mode de vie, leur autonomie, et au contrôle qu’ils exercent aujourd’hui sur leur territoire. Et c’est pour cette même raison ils ne sont pas disposés à laisser leur trésor ni aux mains des waga (non-indigènes de la société nationale), ni aux merki (les étrangers). Bien que les intérêts externes aient tenté, depuis les années 1970, de conquérir  l’or que représente Kuna Yala, les locaux continuent de contrôler le tourisme sur le territoire.

Tourisme responsable. Les Kunas savent que le tourisme n’est pas forcément une source de croissance économique. De leur point de vue, le tourisme est un complément à leur économie. Ils reconnaissent ne « pas vouloir devenir riches » et soulignent que gagner beaucoup d’argent grâce au tourisme, ne les intéressent pas vraiment. En somme, les Kunas militent pour un tourisme responsable, raisonnable et de qualité. Ils préfèrent recevoir peu de touristes, conscient et respectueux des normes de leurs communautés.

Un paysage paradisiaque façonné au cours des siècles par les générations humaines.

Derrière un magnifique décor…La plupart des touristes qui découvrent la région à bord de voiliers et de croisières, et même ceux qui séjournent dans des hôtels ou dans des cabanes kunas, repartent émerveillés. Il perçoivent Kuna Yala comme une terre vierge, sauvage et même parfois primitive. Il leur est difficile de comprendre pourquoi ces magnifiques îlots de sables blancs parsemés de cocotiers, ne sont pas des espaces naturels, mais le fruit du travail de plusieurs générations d’hommes et femmes kunas. Sans leurs efforts, les îlots seraient recouverts de mangroves saturées de moustiques ce qui les rendraient inaccessibles.

… un travail d’agroforesterie pour survivre…Le paysage que les touristes ont aujourd’hui la chance d’admirer est le résultat du travail acharné et constant des Kunas, initié au milieu du XIXème siècle lorsqu’il fut décidé d’exploiter la culture du coco dans les îles côtières. Il y a donc là, un décalage patent entre que ce lieu représente réellement pour les indigènes et la perception que s’en font les touristes.  Pour les populations locales, la Kuna Yala est le foyer et l’espace de survie construit par un peuple autonome et en lutte. Pour les touristes, ce décor de carte postale s’apparente à un  terra nullius.

Voici le village d’Armila. Situé à 20 minutes de lancha de Puerto Obaldia, Armila reste inaccessible par l’eau à certaines périodes à cause de la mauvaise mer. Entre le mois de décembre et le mois d’août, la mer ne s’y prête pas à l’arrivée par bateau avec un répit en avril, mai et juin. Le chemin qui mène par la montagne est très escarpé et difficile pour le transport de marchandises. Une monté raide vous amène au sommet d’ou la vue sur le village est fantastique.
Ce chemin et la mer sont les seuls liens avec les autres villages. Nous sommes dans le sud du Panama et il n’y pas de routes qui traversent entre le Panama et la Colombie.
Il n’y a pas non plus d’électricité.
A l’arrivée on doit se signaler au poste de police, garant de la sécurité dans la zone.
Une fois les procédures réglés avec l’armée on doit se présenter au chef du village.
Le village s’étale sur la rive d’une rivière cristalline qui vient de la montagne et qui débouche sur la mer servant de havre naturel pour les embarcations. Le lit de la rivière est sablonneuse comme la plage tout proche.  Le bord de mer est jonché des palmiers et cocotiers sur une baie de 5km de longueur qui sont devenus un des derniers endroits de ponte des tortues.

LEXIQUE

Comarca : contrée (Terre, pays plus ou moins étendu et présentant une réelle unité géographique, économique, humaine ou politique).

Mangroves : La mangrove est un écosystème de marais maritime incluant un groupement de végétaux principalement ligneux spécifique, ne se développant que dans la zone de balancement des marées appelée estran des côtes basses des régions tropicales.

Fleuve Atrato: (Appelé autrefois rivière Darién): malgré son bassin peu étendu (35 000 km2, soit à peine plus que la Belgique), étant donnée l’abondance des précipitations dans la région, il roule deux fois plus d’eau que le Rhin, ce qui en fait un des principaux cours d’eau du pays.
Il est navigable sur 500 km, quoique sa navigabilité soit en baisse étant donné le manque d’entretien de son lit qui a tendance à être envahi par des produits de l’érosion. Il arrose Quibdó, capitale du département de Chocó et port fluvial.
Il se jette par un petit delta dans le golfe d’Uraba, lui-même situé à l’extrémité occidentale du littoral caribéen de la Colombie.